mercredi 24 février 2010

Danse

Une première, mais la découverte méritait d'être partagée :



La vidéo n'est pas exceptionnelle, mais le spectacle, oui!
Il s'agit donc de Pal Frenak, en représentation pour quelques jours au Centre National de la Danse à Pantin. Et comme tout le monde n'habite pas Pantin, le spectacle a été filmé pour Arte Live Web ; il sera donc disponible sur le net dans quelques temps.

Il est difficile de résumer ou même de donner une idée de cette danse ; disons simplement qu'elle parle de désir, de violence aussi parfois, de manière tantôt dramatique, tantôt décalée. Ce travail au millimètre intègre des musiques et des mises en lumière parfaites : le résultat est aussi saisissant que réjouissant. Bref, ça vous prend et ça ne vous lâche plus.
Pour les sceptiques (même sur la vraie vidéo d'Arte), revenez pour le trio nu et (presque) final sur canapé, c'est simplement génial. Pour les sceptiques-sceptiques, mais amoureux d'Antony Hegarty, c'est sa merveilleuse reprise de Knocking on heaven's door qui achève la représentation. Pour les vraiment très sceptiques, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais faire pour vous. Si, une image...

jeudi 18 février 2010

Texte # 3

La troisième fois Séverine déchiffra rapidement les caractères discrets :
Madame Anaïs – entresol à gauche.

Et la quatrième elle entra.
Séverine ne sut comment ele gravit l’escalier, ni comment elle se trouva, une porte s’étant ouverte, en face d’une agréable grande femme blonde encore jeune. Le souffle lui manqua. Elle voulut fuir, n’osa point. Elle entendit :
-Vous désirez, Mademoiselle ?
Et murmura :
-C’est vous qui êtes… qui vous occupez.
-Je suis Madame Anaïs.
-Alors, je voulais…
Séverine jeta un regard de bête perdue sur l’antichambre où elle se trouvait :
-Venez causer tranquillement, dit Mme Anaïs. Elle introduisit la jeune femme dans une pièce tapissée de papier sombre, avec un grand lit à couvre-pieds rouge.
-Eh bien, ma petite, reprit aussitôt Mme Anaïs avec bonne humeur, vous voudriez mettre un peu de beurre sur votre pain. Je suis toute prête à vous aider. Vous êtes gentille et fraîche. C’est le genre qui plaît ici. Moitié pour vous, moitié pour moi. J’ai des frais.
Séverine hochait la tête sans pouvoir répondre. Mme Anaïs l’embrassa.
-Un peu émue, je vois, dit-elle. La première fois, pas vrai ? Vous verrez, ce n’est pas bien terrible. Il est trop tôt encore, vos camarades ne sont pas là. Sans quoi elles vous diraient. Quand commencez-vous ?
-Je ne sais pas… je verrai.
Soudain Séverine s’écria avec force comme si elle craignait de ne pouvoir plus sortir :
-En tout cas à cinq heures il faut que je m’en aille… Il faut.
-Comme vous voudrez ma petite. Deux à cinq, c’est un bon moment. Vous serez la Belle de Jour quoi. Seulement il faut être exacte, sans quoi nous nous fâcherions. A cinq heures vous serez libre. Un petit ami qui vous attend, n’est-ce pas ? Ou un petit mari…

« Ou un petit mari… Ou un petit mari… Ou un petit mari… »
Ces mots sur lesquels elle avait soudain quitté Mme Anaïs, Séverine les murmurait obstinément. Elle ne les comprenait pas, mais en était accablée. Elle passa devant la colonnade du Louvre, regarda cette façade si noble dont la simplicité, une seconde, lui fit du bien, mais aussitôt elle détourna la tête ; elle n’avait pas droit à ce spectacle.

Belle de jour, Joseph Kessel.

mercredi 27 janvier 2010

Feeling good!

C'est mercredi, c'est musique (n'y voyez aucune logique)
Cette chanson est à mon humble avis l'une des plus reprises-adaptées-massacrées.

ci-dessous, ma version préférée...

une autre version connue et appréciée...

la version classe mais franchement édulcorée

Pour le reste, je vous laisse chercher, il y a de quoi faire.
Tous les vieux beaux et/ou les monuments du jazz s'y sont frottés.

dimanche 17 janvier 2010

The do-it-yourself clic-clac !



Une petite chose photographique géniale : le sténopé.

Le principe du sténopé (aussi appelé "pinhole photography" : donc photo en trou d'épingle ) est assez simple, puisque c'est le principe fondateur de toute image capturée..

L'idée est de trouer une feuille de papier alu avec une aiguille et de la placer sous une lampe. Sur la surface du dessous, vous verrez apparaître l'image de la lampe inversée. Appliquez ce principe dans une boîte opaque, papier photographique au fond, et développez. Si je suis vraiment incompréhensible, vous trouverez plein de tutoriaux sur le web. On peut même faire un sténopé avec une canette de bière. Oui.

Ce qui est génial dans le sténopé, c'est que, comme souvent pour le bricolage maison, ça stimule la créativité. Il existe donc une profusion réjouissante de tarés qui font des sténopés de toutes tailles, de toutes sortes, en toutes circonstances et avec n'importe quoi.


Si vous voulez voir plein de sténopés... fouillez. C'est souvent fait par des amateurs fous, et c'est souvent génial. Pour une bonne perspective de la chose, allez jeter un oeil au Photopoche consacré au sténopé.
Voilà à quoi il ressemble : (à un Photopoche, finalement).

mardi 29 décembre 2009

Kitsch


Dans L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera parle du kitsch comme de "la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré, le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'existence humaine a d'essentiellement inacceptable".
Le kitsch sert donc à voiler tout ce qu'on préfèrerait ne pas voir, en produisant une forme acceptable sans condition, absolument consensuelle.

Ce surajout de perfection absolue, Milan Kundera le décrit aussi historiquement et le place au fondement de certains mythes :
"Derrière toutes les croyances européennes, qu'elles soient religieuses ou politiques, il y a le premier chapitre de la Genèse, d'où il découle que le monde a été créé comme il fallait qu'il le fût, que l'être est bon et que c'est donc une bonne chose de procréer. Appelons cette croyance fondamentale l'accord catégorique avec l'être. Il s'ensuit que l'accord catégorique avec l'être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n'existait pas. Cet idéal esthétique s'appelle le kitsch".
Dans l'art, il est sans doute né d'une rencontre : celle entre l'envie de posséder l'art chez soi et la possibilité de le reproduire à bas prix. Bien présent, il n'est pourtant ni un genre, ni une tendance affirmée de l'art... jusqu'à certains artistes marqués par le pop art. Tout semble avoir changé depuis que l'art ne dicte plus ses lois à la société de consommation ; au contraire, il s'inspire d'elle, des couleurs et du matraquage de la pub. Les codes visuels du kitsch acquièrent leurs lettres de noblesse dès lors qu'une boîte de soupe ou une banane jaune fluo obtiennent leur ticket d'entrée au musée.
Aujourd'hui, beaucoup d'artistes s'inspirent de cette évolution : allez voir le caniche violet brillant de Jeff Koons, ou, mieux encore, les photos du duo Pierre&Gilles. Costumes, paillettes, fond étoilé, fleurs en plastique, tout y est.
Pour Milan Kundera, le régime communiste (où se déroule le roman et que l'auteur a connu) se rattache à cet idéal autant qu'il le peut, il s'appuie sur cette utopie esthétique pour faire croire à sa perfection, à sa viabililté. Sans doute est-ce alors politiquement que Kundera voit le kitsch comme "la station de correspondance entre l'être et l'oubli".

mardi 22 décembre 2009

Antoine d'Agata

"C'est un personnage. un individu, de sexe masculin, qui marche, se déplace, s'arrête, fait l'amour, boit, se drogue, continue à avancer. C'est un personnage de nuit qui finit par s'approcher de la définition stendhalienne du roman, à force de marcher sur une route et de lui servir de miroir. Peut-être, d'ailleurs, ce personnage est-il à lui seul un roman.
C'est un personnage qui s'organise dans le temps, dans une chronologie et des localisations qui font semblant de nous révéler un espace-temps, qui n'est, si l'on est un tant soit peu attentif, qu'une nouvelle fiction : les traces du personnage, même organisées ainsi, étonnamment sages par rapport aux agissements de l'individu, ne nous apprennent, en fait, rien de crédible ou de certain. Mais il est vrai que la seule trace de ces déplacements est photographique. A considérer, donc, avec la plus grande prudence. A mettre à la fois en doute et en cause."
Christian Caujolle, préface de Vortex, Séoul, mai 2003.

Antoine d'Agata erre depuis des années à travers le monde, ayant abandonné tout point d'attache géographique ; il se limite à ce qui le tient psychologiquement : la nuit, la drogue, le sexe. Une certaine dérive qu'il photographie avec avidité. De fait, le regard osé par l'artiste sur son univers glauque est toujours libre de jugement ou d'opinion. A croire que pour lui, il ne s'agit toujours que d'emmagasiner le maximum d'instants vécus, le maximum d'excès.
Son oeil particulier, sans doute le tient-il en partie de Nan Goldin et Larry Clark avec qui il a appris la photographie. Pour le reste, c'est sa vie de chaque nuit qui crée le travail. Un moment chassant l'autre, le photographe immortalise avec tout ce qu'il peut : Leica, polaroïd, appareil jetable.



A voir : les séries Mala Noche, Insomnia, Vortex, Paysages et plein d'autres.
Pour les infos, le bon site documents d'artistes.

mercredi 9 décembre 2009

Texte # 2

" Dès les poulets décarrés, tout le monde a mis les adjas. Josy et Lola restaient sur la banquette, déponnées à zéro devant leur double Martel. J'ai demandé à Josy :
- Tu penses pas que Riton va maintenant rabattre dans le secteur pour vous emmener en java ? Vaudrait certainement mieux vous casser aussi.
Elles l'ont admis. J'ai casqué leurs additions, comme un gentleman. Sous le comptoir, j'ai récupéré mon calibre, là où la mère Bouche me l'avait planqué, puis on a ripé.
Dehors, un petit vent frisquet balayait la nuit claire, pleine d'étoiles. Ca rafraîchissait les idées.
Josy à ma droite, toute gironde dans son manteau de skunks. Lola en opossum, à ma gauche, devaient me donner l'air d'un micheton prêt au régal. Un moment, je suis resté en arrière pour allumer une pipe. C'était féérique, ces deux frangines, leurs guambilles longues gainées quinze deniers, jouant la clarté de la lune. Pas besoin d'imagination pour se mettre en train. Le pétoulet centrifuge vous amenait tout seul à température !
Dans la rue de Vanves, personne ne nous filait le train. On a dû marcher jusqu'à l'avenue du Maine pour trouver un bahut convenable, une traction noire, toute neuve. Le chauffeur, avec sa tronche de gentil voyou pour petite commerçante, ne s'est pas gouré sur noszigues. Comme Josy lui donnait l'adresse du "Mystific", la taule où elles se défendaient toutes les deux, il a précisé lui-même :
- Entrée des artistes !
Pour la douce chaleur des cuisses, le modelé des hanches, les effluves inspirants, durant le parcours, je me suis trouvé gâté, entre ces deux mômes. Hélas ! le moment se prêtait peu à l'aveu de mes émois aux bergères ; elles n'avaient qu'une idée dans le trognon : rejoindre le Mystific, où Riton avait peut-être laissé une commission. "

Albert Simonin, Touchez pas au grisbi! (les bonnes éditions contiennent un lexique de l'argot années 50, le vrai).