samedi 22 mai 2010

You and me

L'artiste serbe Marina Abramovic travaille depuis des années en utilisant son propre corps comme outil et matériau artistique à travers ses performances. Elle se livre ainsi à une expérience sans cesse renouvelée de ses propres limites, et interroge le lien homme-femme ou, plus simplement, les rapports qui unissent et séparent les corps humains.
En 1988, avec The Walk, elle et son partenaire Ulay parcourent la grande muraille de Chine, chacun à pied et depuis chaque extrémité pendant 2000 kilomètres, jusqu'à se rencontrer au milieu pour "se dire au revoir et ne plus travailler ensemble".
Pour plusieurs de ses performances, elle met son propre corps en danger et cherche à faire intervenir le spectateur : ce lien au public et au monde est une composante essentielle de sa démarche.



Aujourd'hui, elle réitère cette démarche au MoMa de New York avec The Artist is Present.
Depuis le 14 mars et jusqu'au 31 mai, l'artiste est assise sur une chaise du musée pendant toutes ses heures d'ouverture. Tous ceux qui veulent, vous, moi, peuvent venir s'asseoir face à elle aussi longtemps qu'ils le souhaitent. Certains en viennent à rire, d'autres à pleurer ; elle aussi parfois.

Toute la performance est filmée et retransmise en direct sur le site du MoMa. C'est là.
Vous y verrez aussi une galerie photo de tous les "visages" venus se placer face à l'artiste. Ils sont drôles, tristes, connus, anonymes, inspirés, blasés, émus, prétentieux, gênés, multiples.
Bref, c'est bien.

dimanche 28 mars 2010

Texte # 4

L'habitué d'une ligne se reconnaît aisément à l'économie élégante et naturelle de sa démarche ; comme un vieux loup de mer qui descend d'un pas calme au petit jour vers son canot et apprécie d'un coup d'oeil le moutonnement des vagues à la sortie du port, mesurant la force du vent sans avoir l'air d'y toucher, aussi cabotin mais moins appliqué qu'un goûteur de vin, écoutant sans paraître y porter attention le clapotis du flot contre le quais et la clameur des mouettes encore rassemblées sur le rivage ou déjà éparpillées sur la mer en petites troupes avides, le voyageur chevronné, surtout s'il est dans la force de l'âge et ne cède pas facilement à l'envie d'un démarrage soudain dans l'escalier pour le plaisir, se reconnaît à la parfaite maîtrise de ses mouvements : dans le couloir qui le conduit au quai, il marche sans paresse mais sans hâte ; sans que rien le laisse voir, ses sens sont en éveil.
Lorsque, comme surgi des murs de faïence, le bruit d'une rame se fait entendre, affolant la plupart des passagers d'occasion, lui sait s'il doit presser le pas ou non, soit qu'il apprécie en pleine connaissance de cause la distance qui le sépare du quai d'embarquement et décide de tenter ou non sa chance, soit qu'il ait identifié l'origine du tintamarre provocateur ou reconnu dans ce leurre (spécifique des gares où passent plusieurs lignes et que le français pour cette raison nomme correspondance alors que l'italien, plus précis et plus évocateur parle à leur propos de coïncidences) un appel venu d'ailleurs, l'écho trompeur d'un autre train, la tentation de l'erreur et la promesse de l'errance.
Parvenu sur le quai il sait où arrêter ses pas et l'emplacement, qui, lui permettant d'accéder sans effort à la porte d'un wagon, correspond en outre exactement au point le plus proche de "sa" sortie sur le quai d'arrivée.
Ainsi peut-on voir les vieux habitués choisir avec méticulosité leur place de départ, prendre leurs marques en quelque sorte, comme un sauteur en hauteur, avant de s'élancer vers leur destination. Les plus scrupuleux poussent le zèle jusqu'à choisir le meilleur endroit du wagon, celui qu'ils pourront quitter le plus vite possible une fois arrivés. Plus fatigués ou plus âgés, quelques uns essaient de concilier cet impératif tactique avec la nécessité du repos et s'emparent volontiers du dernier strapontin resté libre avec un mélange de discrétion et de célérité qui traduit, lui aussi, l'homme d'expérience.

Marc Augé, Un ethnologue dans le métro, Hachette littératures.

lundi 22 mars 2010

Duane Michals

Photographe et poète qui se passe de commentaire, mon préféré parmi tous...

The unfortunate man

"The unfortunate man could not touch the one he loved. It had been declared illegal by the law. Slowly, his fingers became toes, and his hands gradually became feet.
He began to wear shoes on his hands to disguise his pain. It never occured to him to break the law."

mercredi 24 février 2010

Danse

Une première, mais la découverte méritait d'être partagée :



La vidéo n'est pas exceptionnelle, mais le spectacle, oui!
Il s'agit donc de Pal Frenak, en représentation pour quelques jours au Centre National de la Danse à Pantin. Et comme tout le monde n'habite pas Pantin, le spectacle a été filmé pour Arte Live Web ; il sera donc disponible sur le net dans quelques temps.

Il est difficile de résumer ou même de donner une idée de cette danse ; disons simplement qu'elle parle de désir, de violence aussi parfois, de manière tantôt dramatique, tantôt décalée. Ce travail au millimètre intègre des musiques et des mises en lumière parfaites : le résultat est aussi saisissant que réjouissant. Bref, ça vous prend et ça ne vous lâche plus.
Pour les sceptiques (même sur la vraie vidéo d'Arte), revenez pour le trio nu et (presque) final sur canapé, c'est simplement génial. Pour les sceptiques-sceptiques, mais amoureux d'Antony Hegarty, c'est sa merveilleuse reprise de Knocking on heaven's door qui achève la représentation. Pour les vraiment très sceptiques, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais faire pour vous. Si, une image...

jeudi 18 février 2010

Texte # 3

La troisième fois Séverine déchiffra rapidement les caractères discrets :
Madame Anaïs – entresol à gauche.

Et la quatrième elle entra.
Séverine ne sut comment ele gravit l’escalier, ni comment elle se trouva, une porte s’étant ouverte, en face d’une agréable grande femme blonde encore jeune. Le souffle lui manqua. Elle voulut fuir, n’osa point. Elle entendit :
-Vous désirez, Mademoiselle ?
Et murmura :
-C’est vous qui êtes… qui vous occupez.
-Je suis Madame Anaïs.
-Alors, je voulais…
Séverine jeta un regard de bête perdue sur l’antichambre où elle se trouvait :
-Venez causer tranquillement, dit Mme Anaïs. Elle introduisit la jeune femme dans une pièce tapissée de papier sombre, avec un grand lit à couvre-pieds rouge.
-Eh bien, ma petite, reprit aussitôt Mme Anaïs avec bonne humeur, vous voudriez mettre un peu de beurre sur votre pain. Je suis toute prête à vous aider. Vous êtes gentille et fraîche. C’est le genre qui plaît ici. Moitié pour vous, moitié pour moi. J’ai des frais.
Séverine hochait la tête sans pouvoir répondre. Mme Anaïs l’embrassa.
-Un peu émue, je vois, dit-elle. La première fois, pas vrai ? Vous verrez, ce n’est pas bien terrible. Il est trop tôt encore, vos camarades ne sont pas là. Sans quoi elles vous diraient. Quand commencez-vous ?
-Je ne sais pas… je verrai.
Soudain Séverine s’écria avec force comme si elle craignait de ne pouvoir plus sortir :
-En tout cas à cinq heures il faut que je m’en aille… Il faut.
-Comme vous voudrez ma petite. Deux à cinq, c’est un bon moment. Vous serez la Belle de Jour quoi. Seulement il faut être exacte, sans quoi nous nous fâcherions. A cinq heures vous serez libre. Un petit ami qui vous attend, n’est-ce pas ? Ou un petit mari…

« Ou un petit mari… Ou un petit mari… Ou un petit mari… »
Ces mots sur lesquels elle avait soudain quitté Mme Anaïs, Séverine les murmurait obstinément. Elle ne les comprenait pas, mais en était accablée. Elle passa devant la colonnade du Louvre, regarda cette façade si noble dont la simplicité, une seconde, lui fit du bien, mais aussitôt elle détourna la tête ; elle n’avait pas droit à ce spectacle.

Belle de jour, Joseph Kessel.

mercredi 27 janvier 2010

Feeling good!

C'est mercredi, c'est musique (n'y voyez aucune logique)
Cette chanson est à mon humble avis l'une des plus reprises-adaptées-massacrées.

ci-dessous, ma version préférée...

une autre version connue et appréciée...

la version classe mais franchement édulcorée

Pour le reste, je vous laisse chercher, il y a de quoi faire.
Tous les vieux beaux et/ou les monuments du jazz s'y sont frottés.

dimanche 17 janvier 2010

The do-it-yourself clic-clac !



Une petite chose photographique géniale : le sténopé.

Le principe du sténopé (aussi appelé "pinhole photography" : donc photo en trou d'épingle ) est assez simple, puisque c'est le principe fondateur de toute image capturée..

L'idée est de trouer une feuille de papier alu avec une aiguille et de la placer sous une lampe. Sur la surface du dessous, vous verrez apparaître l'image de la lampe inversée. Appliquez ce principe dans une boîte opaque, papier photographique au fond, et développez. Si je suis vraiment incompréhensible, vous trouverez plein de tutoriaux sur le web. On peut même faire un sténopé avec une canette de bière. Oui.

Ce qui est génial dans le sténopé, c'est que, comme souvent pour le bricolage maison, ça stimule la créativité. Il existe donc une profusion réjouissante de tarés qui font des sténopés de toutes tailles, de toutes sortes, en toutes circonstances et avec n'importe quoi.


Si vous voulez voir plein de sténopés... fouillez. C'est souvent fait par des amateurs fous, et c'est souvent génial. Pour une bonne perspective de la chose, allez jeter un oeil au Photopoche consacré au sténopé.
Voilà à quoi il ressemble : (à un Photopoche, finalement).